La Voie du Coeur

(for the english translation by the author below, scroll down )
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May 2, 2026
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En tant que yogi venu d'occident, je n'échappe pas aux reproches des brahmanes locaux (apprentis ou avérés) au sujet de la prononciation correcte des mantras en Sanskrit et Gurmukhi. Comment en serait-il autrement lorsque, habitué aux seules articulations des langues occidentales, nourri aux paroles poétiques de Rimbaud, des Beatles et d'Eminem, je découvre le chant des mantras, ces formules magiques, longtemps gardées secrètes par les prêtres de la forêt indienne et des hymnes dévotionnelles propagées par quelques aèdes illuminés au XVème siècle dont il n'existe en Inde aucune version orale définitive et dont les intonations, accents et prononciations varient infiniment selon que l'on vit au sud, au nord et selon que l'on a suivi l'enseignement de telle ou telle lignée.

Il serait pourtant malvenu de me plaindre de recevoir des enseignements quand je suis justement là pour apprendre. Alors, j'accueille ces critiques, je les écoute dans une forme d'inconfort égoïste et je réalise à quel point l'individu adore enseigner et rechigne à apprendre. De ce côté-ci de l'Indus, on adore faire la leçon à tous ces occidentaux agités qui viennent apprendre l'art de la paix du mental. Cela est sans doute assez légitime. Qu'apportons-nous aux yogis indiens ? Une addiction à la nécessité d'accumuler des biens, le confort excessif, la passion pour les plaisirs et le raffinement... On peut douter que cet échange soit équitable au regard de ce que permet la méditation et du lâcher-prise que le chant des mantras engendre.

Alors l'humilité prévaut ici et avec cette humilité, l'acceptation d'être perfectible et d'accepter que la prononciation du Sanskrit ou du Gurmukhi est imparfaite. Quand on me reprend sur la prononciation des mantras et des hymnes, j'ai coutume de répondre que l'important est l'amour que je ressens pour Guru Nanak, pour Anandamayi, pour Krishna, Shiva, Kali, Ganesh, pour Guru Ramdas lorsque je chante pour eux. Je sens à quel point ils m'écoutent et m'aiment sans jugement.

Pour ces sages, pour ces Dieux, mon accent et ma prononciation sont parfaits. Ils m'écoutent et me gratifient, sans que je ne demande quoi que ce soit, d'un amour inconditionnel infini. Si je devais remercier la vie pour un seul cadeau qu'elle m'ait fait, c'est de ressentir ce flot ininterrompu d'amour inconditionnel venu d'en haut. C'est sans doute la seule raison pour laquelle j'investis tant de temps et d'énergie pour aller régulièrement donner des kirtans.

Au-delà d'un groupe de chant qui m'attend à Genève, à Hambourg, à Paris, Rishikesh ou Portland, c'est Guru Ramdas en personne, c'est Shiva lui-même, c'est Kali qui m'attend et m'entoure de son amour divin. Le kirtan est une occasion de partager cet amour que l'Univers m'envoie. Comme si la pratique du chant dévotionnel activait la conscience, le ressenti et la réception de cet amour.

Et ce flot se déverse aussi chaque matin lorsque je fais ma pratique, seul, dans un jardin solitaire du sud de la France. Que je sois en prière silencieuse, en japa mantra ou en kirtan, je sens que la voie du cœur mène à la source unique de laquelle je viens.

Comment définir ce qui me traverse ? Comment faire une description précise de l'état dans lequel je demeure, de plus en plus souvent ? Et même lorsque je suis préoccupé, en danger, bousculé par la vie, je sens et je sais que cet état est là, en moi, et peut être activé à tout moment.

Cet état est impossible à définir. C'est le plus beau, le plus grand, le plus accompli des états de l'être. Et ce n'est pas seulement un état, c'est l'existence elle-même qui se manifeste, débarrassée de ses voiles et de son flou passager. C'est la véritable Vie.

Ce grand Soi si mystérieux, ce Brahman, ce Wahe Guru, bien qu'il soit impossible à décrire, semblant difficile à atteindre, l'émanation de son amour s'exprime dans toutes mes actions, toutes mes pensées, toutes mes paroles.

Et dire que cela a été trouvé par le chant est magnifique. C'est la poésie qui rejoint le divin. C'est la musique qui devient le souffle, c'est le son qui crée la transe, c'est la voie de l'amour.

Cet amour ne sait rien, il est tout. Il est à la fois pure connaissance et oubli des ignorances. Il est unité. Une unité qui ne s'oppose à rien ni à personne. Une unité qui prend tout et tous sous ses ailes et jette les derniers doutes dans le vent de maya.

Et si j'oublie la bénédiction de cet état, si je me retrouve un moment guidé à nouveau par mon égoïsme ou par mes peurs, cet amour vient me rattraper, m'éprouve, me réveille et me redonne vie dans un grand éclat de rire.

Ce qui est tellement magnifique, c'est que cet amour s'exprime envers tout. J'aime, donc je suis. J'aime, donc je vis. Je chante, et vous entendez ma voix. Je chante, et ma voix, c'est celle du cœur.

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English translation by the author

As a yogi from the West, I am not immune to the reproaches of local Brahmins (apprentice or otherwise) regarding the correct pronunciation of mantras in Sanskrit and Gurmukhi.

How could it be otherwise when, accustomed only to the articulations of Western languages, nourished by the poetic words of Rimbaud, the Beatles, and Eminem, I discover the chanting of mantras, these magical formulas, long kept secret by the priests of the Indian forest, and devotional hymns propagated by a few enlightened bards in the 15th century, of which no definitive oral version exists in India, and whose intonations, accents, and pronunciations vary infinitely depending on whether one lives in the south or the north, and depending on which lineage one has followed.

It would, however, be inappropriate for me to complain about receiving teachings when I am precisely here to learn. So, I welcome these criticisms, I listen to them with a kind of selfish discomfort, and I realise how much people love to teach and resist learning. On this side of the Indus, we love to lecture all these restless Westerners who come to learn the art of mental peace. This is undoubtedly quite legitimate.

What do we offer Indian yogis? An addiction to the need to accumulate possessions, excessive comfort, a passion for pleasure and refinement... One might doubt that this exchange is fair in light of what meditation allows and the letting go that the chanting of mantras engenders.

So humility prevails here, and with this humility, the acceptance of being imperfect and accepting that the pronunciation of Sanskrit or Gurmukhi is flawed.

When people correct my pronunciation of mantras and hymns, I usually reply that what matters is the love I feel for Guru Nanak, for Anandamayi, for Krishna, Shiva, Kali, Ganesh, and for Guru Ramdas when I chant for them. I feel how deeply they listen to me and love me without judgment.

For these sages, for these Gods, my accent and pronunciation are perfect. They listen to me and bestow upon me, without me asking for anything, an infinite, unconditional love.

If I had to thank life for just one gift it has given me, it would be to feel this uninterrupted flow of unconditional love from above. This is undoubtedly the only reason why I invest so much time and energy in regularly giving kirtans.

Beyond a singing group awaiting me in Geneva, Hamburg, Paris, Rishikesh, or Portland, it is Guru Ramdas himself, it is Shiva himself, it is Kali who awaits me and surrounds me with her divine love. Kirtan is an opportunity to share this love that the Universe sends me. As if the practice of devotional chanting activates awareness, feeling, and the reception of this Love.

And this flow also pours forth each morning when I practice alone in a solitary garden in the south of France. Whether I am in silent prayer, in japa mantra, or in kirtan, I feel that the path of the heart leads to the single source from which I come.

How can I define what flows through me? How can I give a precise description of the state in which I remain, more and more often?

This state is impossible to define. It is the most beautiful, the greatest, the most perfected of all states of being. And it is not merely a state; it is existence itself manifesting, freed from its veils and fleeting ambiguity. It is true Life.

This great, mysterious Self, this Brahman, this Wahe Guru, though impossible to describe, seemingly unattainable, the emanation of its Love is expressed in all my actions, all my thoughts, all my words.

And to say that this was discovered through song is magnificent. It is poetry that connects with the divine. It is music that becomes breath, it is sound that creates trance, it is the path of Love.

This love knows nothing; it is everything. It is both pure knowledge and the forgetting of ignorance. It is unity.

And if I forget the blessing of this state, if I find myself guided once again by selfishness or fear, this Love comes to catch up with me, awakens me, and gives me new life in a burst of laughter.

What is magnificent is that this Love expresses itself toward everything. I love, therefore I am. I love, therefore I live. I sing, and you hear my voice. I sing, and my path is that of the heart.

Mahadev OK - Bhakti Artist and Yoga Teacher - New Album "Bhakti Spirit" 2026

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